Nous reproduisons ici un article du Monde du 3 avril sur la campagne de François Bayrou. En se revendiquant plus à gauche que le PS sur certains points, Bayrou reprend à son compte les critiques que nombre de républicains de gauche ont adressé au PS.
Le candidat de l'UDF à la présidentielle, François Bayrou, s'est à nouveau posé en rassembleur et en partisan de la raison, lundi 2 avril, lors d'un déplacement à Reims, tout en cherchant à montrer qu'il pouvait se positionner à gauche en attaquant les socialistes sur leur terrain.
Le Parti socialiste, "c'est
le parti qui a fait le plus de privatisations, qui a laissé déraper le déficit et la dette, qui a laissé partir les services publics et a fait le mandat de gestion à Lagardère chez Airbus", a-t-il déclaré, lors d'une conférence de presse, avant de tenir meeting devant plus de 3 000 personnes à Reims.
"Je prétends que sur bien des sujets, je suis plus à gauche qu'eux. Il y a des jours où j'ai l'impression de défendre davantage de valeurs que cette gauche-là. Il y a des choses que le Parti socialiste a oubliées", a affirmé le candidat de l'UDF en disant défendre des "valeurs plus républicaines".
Il a rappelé être monté à la tribune de l'Assemblée nationale "tout seul" pour défendre l'allocation spécifique de solidarité (ASS) des chômeurs que le gouvernement Raffarin voulait supprimer, et être "allé tout seul au Conseil d'Etat" pour protester contre la privatisation des autoroutes. "Je n'ai pas beaucoup entendu la gauche à ces moments", a-t-il dit. Et, tout en affirmant que "la solidarité est le premier des devoirs de l'Etat", François Bayrou a expliqué ne pas avoir "la même idée de la solidarité qu'ont les dirigeants du Parti socialiste".
Il a dit son opposition à la décision de la région Ile-de-France, présidée par le socialiste Jean-Paul Huchon, d'accorder la gratuité des transports en commun aux RMistes car "bientôt, il n'y aura plus de différence entre ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas".
Le
candidat centriste s'était auparavant rendu, quelques instants, chez le fabricant d'outils de découpe et d'emboutissage de tôle Chausson à
Bazancourt, dans la banlieue rémoise. Confronté à un manque de
débouchés, l'usine est en passe de fermer faute de repreneurs. 182
emplois sont en jeu. "Le terrain apprend plus de choses que les mots", a commenté François Bayrou, sans préconiser de solution particulière. Les salariés n'en demandaient pas non plus. "Ce qu'on veut, c'est qu'on parle de nous", a dit François Léger, délégué CFDT du comité d'entreprise.
Le président de l'UDF a décrit un pays en situation de crise "exceptionnelle", en proie au chômage – selon lui,"sous-estimé"
: il a considéré le véritable nombre de chômeurs à 4 millions –, au
fardeau de la dette et aux problèmes des banlieues, pour défendre à
nouveau la nécessité d'un gouvernement rassemblant par-delà le clivage
droite-gauche. "A crise exceptionnelle, il faut une réponse exceptionnelle", a-t-il fait valoir.
"Je nommerai un gouvernement dans lequel je prendrai bien soin de
présenter des visages nouveaux, des expériences nouvelles, qui
représentera aussi équitablement que possible les grandes sensibilités
du pays", a-t-il promis.
François Bayrou a aussi marqué
sa différence sur le thème de l'immigration, alors que Jean-Marie Le
Pen tenait meeting à Reims en même temps que lui. "L'immigration
n'est pas la cause de tous nos maux. Les difficultés que nous
rencontrons avec l'immigration ne sont pas la cause des difficultés de
la nation. Elles en sont la conséquence", a-t-il affirmé en prônant "la raison, le respect réciproque et la compréhension".
"Il faut éviter de faire monter les tensions, les affrontements entre les différentes catégories de Français", a-t-il affirmé en faisant appel "à la raison".
"Nous ne voulons pas aller dans le sens de ce qui excite les
affrontements, les ressentiments et les haines. Nous allons devoir
vivre ensemble, et c'est ensemble qu'il va falloir que nous sortions le
pays de la crise", a-t-il lancé sous les applaudissements.
Il a critiqué, sans la nommer, Ségolène Royal pour avoir fait "je ne sais quelle utilisation" du drapeau tricolore dans le débat sur l'identité nationale.
"La France, ce ne sont pas les signes extérieurs de la nation. Dans
notre pays, c'est la République qui a fait la nation et pas la nation
qui a fait la République", a-t-il fait valoir.
François Bayrou présentera ce mardi, à la mi-journée, son programme.