samedi 12 janvier 2008

Belgique une et indivisible !


Belgique Depuis plus de 6  mois, chaque jour davantage, la Belgique s’enfonce dans une grave crise politique, la plus longue que le pays ait jamais connue, exacerbée par des divergences de plus en plus fortes sur le principe même de son existence en tant que Nation.

Cette crise est non seulement politique, en ce qu’elle met en exergue des querelles politiciennes que l’on croyait révolues ; elle est aussi profondément morale en ce que le divorce entre Flamands et Wallons, tant redouté par certains mais provoqué par d’autres, est plus que symbolique, dans ce pays sur lequel se focalisent tous les regards, depuis que Bruxelles est devenue la capitale de l’Europe. La dislocation de la Belgique, telle que l’avait fondée les hommes de 1830, serait en effet une nouvelle étape dans le projet de redessiner la carte de l’Europe, en gommant d’un trait la force de l’histoire comme socle commun d’unité.

Après l’explosion de l’ex-Yougoslavie - avec pour corollaire des plaies mal refermées dans l’ensemble des Balkans occidentaux, région qui n’attend qu’un geste pour s’enflammer de nouveau - l’irruption des velléités nationalo-régionalistes constitue une grave menace pour la stabilité et la paix.

Car, en effet, cette crise porte en elle tous les germes d’une crise qui menace, ailleurs en Europe, l’existence même de certains Etats. Les griefs faits par les Flamands aux Wallons sont-ils si différents que ceux que font les Albanais du Kosovo aux minorités serbes ? Les discriminations linguistiques, dont se disent victimes les deux communautés sont-elles si éloignées que cela de l’irrédentisme basque ou catalan qui menace l’unité chèrement acquise des Espagnols ?

Face à cette menace grave de délitement de l’Etat-Nation en Belgique, l'U2R tient à rappeler, dans le cadre d’un débat européen qui s’ouvre de nouveau, combien l’unité nationale est un acquis à défendre, partout où le communautarisme est à l’oeuvre pour en saper la légitimité et en minorer l’importance, au titre de présupposés tendancieux, bien loin de l’incarnation de bien commun, d’intérêt général, d’égalité des droits et de laïcité portés par la communauté de destin offert par la Nation.


Politique et religion : mariage détonnant et inquiétant…

Sarko_latran Jamais autant, l’adage « rendons à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » n’aura sonné si juste, en France et ailleurs. Il aura ainsi suffit d’un discours enflammé du président de la République à Rome pour que plus d’un siècle de laïcité à la française ne vole en éclat…

Celui qui se veut l’incarnation de la stricte séparation entre la sphère publique et de la religion, en faisant référence solennellement aux racines chrétiennes de la France, en prônant le principe d’une laïcité dite « positive », en souhaitant que les représentants des cultes prennent une part plus ostensible aux débats politiques en intégrant, par exemple, le Conseil économique et Social, dévoile un peu plus son jeu…

Nos voisins ne sont pas en reste.

La campagne présidentielle américaine, entre expression médiatisée de la foi religieuse de tous les candidats à la Maison blanche, tourne à un « grand barnum » politico-religieux, parfaitement intolérable dans le sens qu’il prend non seulement en otage les électeurs devenus simples consommateurs mais qu’il semble légitimer des « Eglises » qui revêtent plus souvent les habits d’organisations cultuelles aux buts largement sujets à caution. L’on en vient même, sans choquer grand monde, à remettre au même niveau le créationnisme et l’évolutionnisme !

Ce n’est hélas pas un cas isolé : jamais l’Eglise orthodoxe n’aura joué un rôle si prégnant dans la victoire sans coup férir de Vladimir Poutine lors des dernières municipales de décembre dernier. Ici, comme aux Etats-Unis, les thèmes de l’avortement, du mariage, de la contraception, de la bioéthique, sont devenues les cibles de tous les fanatismes et obscurentismes.

On ne compte plus, par ailleurs, les théâtres d’expression de cette nouvelle forme d’ingérence de la religion dans le domaine séculier. En Chine, où la religion, version évangélique, tend a substituer le centralisme démocratique. Au Mexique, encore, où la religion fait et défait les présidents, sur fond de népotisme, de corruption et de corporatisme, dans un pays, voire sur le reste du continent latino-américain, l’Eglise catholique se fait volontiers thurifaire des pouvoirs conservateurs en place.

    Dans le monde arabo-musulman, l’on en compte plus les coups de boutoirs des Islamistes contre les valeurs démocratiques et l’aspiration des peuples à vivre en paix, en sécurité et en harmonie entre eux.

Face à ses dérives inquiétantes, expressions multiformes d’une même remise en cause coordonnée des principes émancipateurs et progressistes républicains les plus élémentaires, l'U2R entend défendre ardemment ces derniers.

Le prix international et national de la laïcité, qui sera remis à Paris, en 2008, sera l’occasion de réaffirmer combien la Raison, l’universalisme, l’adogmatisme, la morale, la séparation entre pouvoir, religion et science sont consubstantielles avec République et laïcité.

Bonne année

Bonne_annee L'U2r souhaite une bonne année à ses adhérents, lecteurs et sympathisants.

L'année 2007 s'est conclue sur de nombreuses incertitudes politiques. Mais au-delà des recompositions politiques, des intérêts électoraux partisans, des positionnements tactiques, les grandes interrogations demeurent: qu'est-ce que vivre ensemble dans une société qu'on nous annonce de plus en plus multi-culturelle ? qu'est-ce que l'égalité dans un monde où les inégalités sociales et générationnelles augmentent ? qu'est-ce qu'être Français dans un cadre européen ? comment réintroduire le politique dans la rationalité économique ? quelle est la place de la culture dans un monde dominé par les industries culturelles ? comment articuler l'émancipation de l'individu et la cohésion des sociétés ? face aux menaces écologiques, quel monde laisserons-nous à nos enfants ? et face à la difficulté d'éduquer et de transmettre, à quels enfants laisserons-nous le monde ?

Par nature, les radicaux ont peu de certitudes : ils se méfient des dogmes et des vérités révélées. D'où notre attachement vsicéral à la laïcité. Continuons donc à débattre entre nous : de nos délibérations, s'ouvrira sans doute un chemin. Formulons le souhait que 2008 apporte des réponses à nos grandes interrogations, et nous donne les clés pour transformer le monde.

lundi 03 décembre 2007

Tribune libre : La recomposition politique et les radicaux

L'U2R se veut un carrefour du radicalisme, d'autant plus que la recomposition politique semble à l'oeuvre. Dans ce cadre, nous publions une tribune libre de Stéphane Lucas, qui bien sûr n'engage que lui.

La recomposition politique ne pouvait sans doute pas épargner l'U2R puisque le radicalisme est sans doute la ligne de partage des eaux de la vie politique française. A l'heure où les sociaux-libéraux du PS rejoignent le gouvernement, où Nicolas Sarkozy tente de dissoudre le débat politique dans le tout-médiatique, où des institutions libérales comme le FMI ou l'OMC sont désormais dirigées par des socialistes français, il y a de quoi être saisi de vertige. Il était alors normal et prévisible que certains d'entre nous soient tentés par l'aventure du pouvoir.

Si en effet la gauche et la droite n'existent plus, si tout le monde est républicain, si la nouvelle frontière passe désormais entre l'immobilisme et le mouvement, on peut comprendre que certains préfèrent le mouvement, plus précisément le pouvoir qui prétend être le parti du mouvement.  Le progrès serait ainsi passé à droite tandis que la gauche serait devenue le temple du conservatisme, voire de la réaction : alors soyons nous-même, continuons à défendre le progrès auprès de ceux qui s'en proclament les nouveaux serviteurs.

Face au tsunami sémantique provoqué par l'élection de Sarkozy, reconnaissons qu'il devient de plus en plus difficile de penser avec clarté. Le jeu politique semble brouillé, les repères idéologiques effondrés. C'est ainsi qu'il faut comprendre le désarroi d'un Ps qui in petto approuve l'UMP sur de nombreux sujets (le pseudo-mini traité, ou l'abolition des régimes spéciaux des cheminots...), tout en s'interdisant de le dire. A notre échelle, on comprend également que certains radicaux, fatigués de l'immobilisme à gauche et du coma bientôt dépassé dans lequel se situe le PS, préfèrent devenir acteurs plutôt que spectateurs de l'histoire. Le pouvoir séduit toujours, surtout quand il semble s'installer pour dix nouvelles années. La plume de Guaino aura fait le reste.

A ces radicaux qui rejoignent Sarkozy, et qui restent mes amis, je ne jette pas la pierre.

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dimanche 02 décembre 2007

La place de l'islam en Europe

Images Tarik Mira, député algérien du RCD, a le 27 novembre dernier présenté la communication suivante devant le Parlement de Bruxelles, au cours du colloque "Religion et politique dans la nouvelle Europe". Il s'inquiète d'une radicalisation de l'islam tout en étant relativement optimiste. Il écrit notamment : "Je pense que l’idée de la laïcité n’est pas épuisée. Elle est toujours jeune et renouvelable. Elle doit constituer le socle commun et partagé afin d’éviter les incompréhensions et les guerres religieuses. L’espace public doit être préservé du prosélytisme et donc des signes ostentatoires, de tous les signes religieux. L’aggiornamento de l'islam est à venir.  Le renouveau de l’islam pour accepter définitivement, sinon durablement, le fait laïc va provenir en partie de l’Europe  Alors la sécularisation de l’islam du Nord aidera à l’enracinement de la démocratie dans l’islam du Sud." Nous publions l'intégralité de cette communication.

J’étais prévu pour intervenir sur le thème « Sécularisme et démocratie», qui a été l’objet d’un de mes articles datant déjà de deux ans. Je préfère, en filigrane à cette thématique, communiquer sur un sujet de plus en plus lancinant et pressant, à savoir : « La place de l’islam en Europe », ce qui correspond d’ailleurs mieux  au programme de cet après-midi intitulé : « Egalité, Religion et Représentation en Europe»

Le développement et le dynamisme de l’islam s’accompagnant d’une politisation manifeste dans ses terres traditionnelles et dans les aires d’immigration, c'est-à-dire l’Europe, nous fait poser une série de questions chez nous, dans le Sud, et chez vous, dans le Nord.
Ne se projetant pas de la même manière, elles nous interpellent cependant en commun.
J’aborderai ma communication en remontant le fil de l’histoire.

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mercredi 07 novembre 2007

Colloque : l'identité nationale et la citoyenneté républicaine

Journée-débat coorganisée par le CLR et la LICRA samedi 17 novembre 2007 à l’Assemblée nationale

10h00

Ouverture du colloque par Patrick Gaubert, président de la LICRA

ETATS DES LIEUX

10h15-12h45

Clémence Boulouque, romancière

Alain Finkielkraut, philosophe, écrivain

Daniel Lefeuvre, historien

Dominique Schnapper, sociologue

Antoine Spire, journaliste, écrivain, directeur général de Cinaps TV (TNT Ile-de-France)

Discussion animée par Marc Riglet, journaliste, membre du Comité Laïcité République

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mercredi 19 septembre 2007

La déroutante lettre aux éducateurs

Paul Baquiast, secrétaire général de l'U2r, a décortiqué longuement la Lettre aux Educateurs que le président Sarkozy a adressé aux professeurs.  Il y trouve de nombreuses ambiguïtés.

Sarkozy "Le 4 septembre est la date anniversaire de la proclamation de la IIIe république. Ce n’est pas à ce titre, cependant, qu’elle figure en tête de cette « lettre aux éducateurs », mais parce-que ce jour est, en 2007, celui de la rentrée scolaire. Il n’empêche, la coïncidence est belle pour un texte qui a l’ambition de s’instituer dans la ligne des grands textes fondateurs de l’école républicaine, de la fameuse lettre aux instituteurs de Jules Ferry (17 novembre 1883) à la « lettre à tous ceux qui aiment l’Ecole » de Luc Ferry et  Xavier Darcos (17 avril 2003).

Le texte du président, à la première lecture, est assez déroutant.(...)Au total, en énonçant ce qui est bien et ce qui est mal, en réaffirmant la valeur du travail et de l’effort, en appelant à la responsabilisation des enfants, des parents et des maîtres, la lettre aux éducateurs s’inscrit dans une tradition pédagogique, plutôt de droite mais non exclusivement, anti-mai 68. A l’inverse, pourtant, en insistant sur la position centrale de l’enfant, en encourageant les méthodes actives permettant le développement de toutes ses potentialités, en appelant à un décloisonnement des enseignements et à une ouverture de l’école sur l’extérieur, il s’inscrit, étonnamment, dans une tradition soixante-huitarde.

On retrouve bien là la méthode sarkozienne, faite de pragmatisme et de volonté de dépasser les clivages pour mieux avancer dans la résolution des problèmes, quitte à devoir parfois marier la carpe et le lapin."

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lundi 04 juin 2007

Les radicaux sont de retour… mais pas chez Nicolas Sarkozy !

U2r

Avec une maestria certaine, Nicolas Sarkozy est en un train de réussir l’un des plus beaux hold-up politique de la Ve République. Après avoir aspiré l’électorat de Jean-Marie Le Pen, le voilà en train d’asphyxier François Bayou en cherchant à réduire à néant son espace politique. Nicolas Sarkozy entend, en effet, faire du Bayrou sans Bayrou. Lui qui a refusé tout débat avec François Bayrou dans l’entre-deux tours, lui qui a tout fait pour que le débat entre Bayrou et Ségolène Royal n’ait pas lieu, se présente maintenant en chantre de la décrispation politique, de l’ouverture et de l’unité nationale par delà les clivages gauche-droite.

Après le débauchage individuel de personnalité de gauche et du centre, voici que c’est un parti entier, le PRG, qu’il vient de tenter de faire tomber dans son escarcelle. Jean-Michel Baylet, dans un texte confus paru dans un quotidien, après un vibrant hommage à Ségolène Royal, a tenté d’expliquer qu’il fallait maintenant au PRG abandonner en raz campagne son alliance traditionnelle avec le Parti socialiste accusé d’archaïsme, de divisions impudiques et d’hégémonisme, sans pour autant remettre en cause les 36 circonscriptions législatives offertes par le PS au PRG, afin de reconstituer, sous l’aile protectrice de Nicolas Sarkozy, l’unité perdue du parti radical.

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Que Jean-Michel Baylet ait cru pouvoir se présenter comme le héraut de l’unité du radicalisme a été une illustration de plus du cynisme et de l’hypocrisie en politique et de la difficulté de faire du neuf avec du vieux. Qu’a t-il fait, depuis 12 ans qu’il règne en maître sur le PRG, qui ait été dans le sens d’une réunification ? Quel travail de rénovation doctrinal du radicalisme a t-il entrepris qui rendre possible et durable cette réunification ?

Le trouble des militants radicaux a été immédiat et vigoureux. Jean-Michel Baylet a dû, in-extremis, faire marche arrière. Ce trouble est bien compréhensible. D’abord parce-que la décision de Jean-Michel Baylet avait  été prise seule, sans aucune consultation des instances du parti ni des militants. Ensuite, parce-qu’à céder aux sirènes « sarkozistes », le PRG risquait de perdre les derniers députés qu’il lui reste. Enfin et surtout, parce-que le ralliement du PRG voulu par Baylet ne se faisait sur aucun contrat politique clair et ressemblait fort à un chèque en blanc.

La France, pourtant, comme l’a écrit Jean-Michel Baylet, a besoin d’un retour des radicaux. Mais pas des « radicaux radis » dont on s’est trop longtemps et légitimement moqué, rouge à l’extérieur, blanc à l’intérieur, et toujours près de l’assiette au beurre. Non, la France a besoin du retour d’un radicalisme authentique, héritier du philosophe Alain, de Jean Zay et de Mendès-France, ferme sur les principes tout en sachant être ouvert et tolérant, déterminé dans l’action tout en étant pragmatique dans sa mise en œuvre. Un radicalisme qui assume sa position centrale sans être alternativement un supplétif de gauche ou un supplétif de droite.

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Ce radicalisme existe. Il est engagé clairement dans le difficile combat entrepris par François Bayrou pour rénover, par delà les effets d’annonce, la vie politique française et résoudre en profondeur la crise démocratique du pays. L’Union des Républicain radicaux (U2R), créé dès 2002 comme une carrefour du radicalisme libre, a pris toute sa place dans la campagne présidentielle de François Bayrou et incarne pleinement, au sein du Mouvement Démocrate, auprès des radicaux issus de l’UDF, la filiation radicale, républicaine et laïque.

L’existence d’un courant radical indépendant et puissant ne peut s’épanouir que dans un contexte institutionnel profondément différent de celui actuellement en vigueur, qui a conduit à une bi-polarisation stérile de la vie politique. La « révolution orange » incarnée par François Bayrou et le Mouvement démocrate, et qui a recueilli l’adhésion de près de 8 millions de Français, ne se fera pas sur des faux semblants et des ralliements de circonstance. Comme aux lendemains de la seconde Guerre mondiale, face aux urgences de la France confrontée aux défis de la mondialisation, la démocratie chrétienne, le radicalisme, et le socialisme libéral peuvent et doivent savoir travailler ensemble, sur des objectifs clairement définis. La constitution d’un puissant pôle radical au sein du Mouvement Démocrate est une condition de la réussite. C’est à cette renaissance du radicalisme autour de François Bayrou à laquelle l’U2R appelle ici solennellement tous les radicaux, de toutes les obédiences.

Emmanuel DUPUY,
Président de l’Union des Républicains Radicaux

jeudi 31 mai 2007

Bon anniversaire, Madame

Germaine_tillion Pendant  plus de trente années , Germaine Tillion, a passé  la belle saison au bord de la Petite Mer de Gâvres,  à Lann Dreff sur la commune de Plouhinec. Ce 30 mai 2007 elle a eu 100 ans. Cent ans d’une vie, à risques, exemplaire. Née en Haute-Loire , c’est auprès de ses  « maîtres»  Marcel Mauss et Louis Massignon qu’elle devient ethnologue .A ce titre, de 1934 à 1940, elle va effectuer plusieurs missions scientifiques dans les Aurès en Algérie, auprès de ses chers Berbères Chaouias. « Quand j’ai entendu la déclaration d’armistice de Pétain j’ai vomi». 1940, sa vie bascule. Elle s’engage dans la Résistance et crée le réseau Musée de l’Homme. Dix de ses camarades sont fusillés, elle eut « pendant plusieurs mois, parfois plusieurs fois par semaine, l’occasion de dire adieu aux camarades qu’on emmenait au poteau d’exécution». Dénoncée par un prêtre, elle est emprisonnée par l’occupant à la Santé sous cinq chefs d’inculpation à mort. Puis vient la déportation à Ravensbrück où elle découvre l’horreur des camps de concentration. Surgit l’épreuve la plus atroce de sa vie, sa mère, Emilie Tillion, également déportée à Ravensbrück, est assassinée, gazée par les nazis le 2 mars 1945 « parce qu’elle avait soixante-neuf ans ». Durant cette période d’enfer, elle fait la connaissance de Geneviève de Gaulle. Comme un défi au régime nazi elle  écrit sous forme d’opérette un livret sur la vie des déportées, « Le Verfügbar aux Enfers » sur une musique d’Offenbach.*  Vient la Libération des camps. Germaine Tillion après avoir « perdu l’envie de vivre » s’engage avec une énergie indomptable à reconstituer la liste de tous ces camarades disparus. Un livre « Ravensbrück » démonte la mécanique du régime concentrationnaire.

1954, la guerre d’Algérie est en germe . A la demande de Louis Massignon et du gouvernement, elle accepte de repartir en mission dans cette Algérie qu’elle aime tant. Elle  sera « épouvantée » par la dégradation de ce territoire qu ‘elle connaît depuis ses premières missions de 1934, elle parlera alors de  « clochardisation ». Là-bas, elle lutte contre la misère en créant les Centres Sociaux  qui diffusent l’éducation. Quand la guerre éclate dans le sang, elle s’engage, malgré tous les périls, contre le terrorisme, la torture, les condamnations à mort. Elle dira : « Je n’ai pas «choisi »  les gens à sauver : j’ai sauvé délibérément tous ceux que j’ai pu, Algériens et Français de toutes opinions. »

Elle trouvera aussi le temps de créer l’enseignement dans les prisons. Difficile de retracer les « mille vies » de Germaine Tillion. Ajoutons sans être exhaustif son combat permanent pour les droits de l’Homme, question essentielle à ses yeux., donc la défense des minorités, de toutes les minorités.  N’oublions pas sa contribution majeure à la cause des femmes et son livre magistral « Le Harem et les cousins ». Ajoutons encore sa participation, dès 1969, à la défense mondiale de la santé publique contre la pollution des eaux, et l’atmosphère aux côtés de René Cassin, Prix Nobel de la Paix. Tout cela en poursuivant son enseignement à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, EHESS, et ses recherches, comme directeur au CNRS.

G_tillion Ceux qui connaissent Germaine Tillion s’accordent sur deux traits essentiels de cette humaniste inflexible : sa passion de comprendre et « sa tendresse sans borne qu’elle a toujours portée à ses semblables. »  J’ajouterai l’humour, la malice, la dérision. Comment se définit-elle ? Comme  « une patriote de la justice, de la vérité, de la vie. »  En 2004, pour le soixantième anniversaire du programme du Conseil National de la Résistance, avec d’autres résistants dont Lucie Aubrac, elle signa « l’Appel des Résistants aux nouvelles générations ». Tout y est. A lire sur le net.

Dans la petite maison de la Porte Dorée, de sa chambre-bureau, entourée de ses livres, Germaine Tillion suit à travers la  fenêtre le va-et-vient « ravissant » des canards et des cygnes qui barbotent sur le lac de Vincennes. C’est là que cette Grand Croix de la Légion d’Honneur, Grand Croix de l’Ordre du Mérite de France et d’Allemagne, entourée de ses proches, a entamé son deuxième siècle. Comme d’habitude, discrètement.

Toute ma vie je me souviendrai de ce jour où je l’ai connue à Plouhinec en 1980.  Depuis, je remercie le hasard de la vie de m’avoir fait ce cadeau. Merci pour tout. Les bras chargés de fleurs, le cœur plein d’affection en vous embrassant avec tendresse, je vous souhaite un bon anniversaire Madame.

*Cette opérette va être jouée au Théâtre du Chatelet à Paris les 2 et 3 juin.

Patrice LE BORGNIC, U2R, Auray le 30 mai 2007.

lundi 28 mai 2007

Rencontre-débat avec les auteurs de l'Idée républicaine en Europe et dans le monde

Couverture_ide_rpublicainevolume_1_ Paul Baquiast et Emmanuel Dupuy, qui ont coordonné L'idée républicaine en Europe et dans le monde , organisent, en compagnie des auteurs de cet important ouvrage collectif en deux volumes, une rencontre-débat qui aura lieu

Lundi 4 juin 2007

à partir de 19 h

Espace L'Harmattan
21 bis, rue des Ecoles M° Maubert Mutualité

Paris 75005

Ce sera l'occasion d'évoquer l'actualité de la question républicaine et, pour les sympathisants et adhérents de l'U2R, de rencontrer les membres du bureau de l'U2R. A lundi prochain, donc !

La campagne législative

Les élections législatives ont lieu dans 15 jours : alors qu'il s'agit du scrutin décisif, on semble nous faire croire que tout est déjà joué depuis le 6 mai et que les élections de juin sont tout juste du niveau d'un scrutin cantonal. On mesure là la perversité de nos institutions, accentuées par le quinquennat et l'inversion du calendrier. Or, il faut rappeler que tout n'est pas joué : et que si l'UMP a en effet une longueur d'avance, il importe que le vote prochain fasse en sorte que le Parlement reflète le plus possible la diversité d'opinions des Français et qu'il soit en mesure d'exercer un contre-pouvoir réel. Dans la nouvelle opposition, le Modem aura d'autant plus sa partition à jouer que son score, aussi bien en voix qu'en sièges, sera élevé. C'était le but du meeting au Zénith jeudi dernier, dont nous reproduisons le compte-rendu par l'hebdomadaire Marianne.

Bandeau16 Le Modem de François Bayrou veut peser par le nombre

Jeudi soir, devant quelque 6000 militants électriques réunis au Zénith, François Bayrou a lancé la campagne du Modem pour les élections législatives. Beaucoup de monde dans la salle, mais surtout de nombreux intervenants à la tribune.



Ambiance de stade de foot en finale de championnat au Zénith, à Paris. Cornes de brume, trépignements hystériques, standing ovation dans une salle aux couleurs d'une seule équipe : le Modem. Du orange à tous les gradins. La salle est quasiment pleine. Quelque 6000 militants, élus et sympathisants sont venus par car de toute la France : du Nord, de Marseille, de Meurthe-et Moselle, de l'Indre, de Vienne… Toutes les têtes d'affiche du Mouvement démocrate sont aussi là, évidemment. Il s'agit de faire nombre pour qu'« après cette soirée historique », on ne puisse plus « dire que François Bayrou est seul », comme le martèle le député de la Loire Gilles Lartigue.

Du monde à la tribune
Et pour faire oublier que seulement quatre députés ont suivi François Bayrou dans l'aventure – sur les 29 qui constituaient le groupe UDF – il y a du monde à la tribune. D'abord les « stars » : le sénateur du Rhône Michel Mercier, Anne-Marie Comparini, la députée européenne Marielle de Sarnez, Jean-Marie Cavada, l'ex Vert Jean-Luc Benhamias, Corinne Lepage, présidente de Cap 21, mais aussi l'acteur Vincent Lindon et l'historien Jean-Pierre Rioux. Les têtes d'affiche introduisent les nouveaux venus. Une dizaine de nouveaux adhérents, comme choisis selon la méthode des quotas – jeunes, moins jeunes, actifs, chômeurs, homme ou femme, de toute origine sociale et ethnique – expliquent les raisons de leurs choix. Puis c'est au tour de quelques candidats nouvellement investis, triés parmi les 535 que présente le parti. Plutôt jeunes. Et pour cause, la moyenne d'âge des candidats Modem est de 45 ans. On fustige le clivage droite gauche, on parle de l'importance de la dette et on vante « l'honnêteté » et la « sincérité » du Mouvement. Des slogans font leur apparition : « Pour modemniser la vie politique, modemnisez votre bulletin de vote », scande Fabienne Faure, candidate dans la 3e circonscription de l'Ain ; ou encore « en amour on dit un de perdu, dix de retrouvé ; en politique : 22 de perdus, 70 000 de retrouvés ! », dixit Anne Lapérouze, candidate dans le Tarn.

75 000 adhérents, 7 millions d'électeurs
Quand François Bayrou arrive, enfin, à la tribune, c'est non pas 70 000 mais 75 000 adhérents qu'il revendique.

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dimanche 27 mai 2007

Sur le ralliement de Kouchner

On ne sait trop que penser du ralliement spectaculaire de Bernard Kouchner à Nicolas Sarkozy, lui qui n'avait pas de mots assez durs pendant la campagne présidentielle pour stipendier celui qu'il accusait alors de chasser sur les terres du lepénisme. Après tout, cela regarde sa conscience, et l'article de l'universitaire Maurice Goldring, publié dans le Monde du 23 mai et que nous reproduisons ici, est déjà bien assez sévère. Nous nous interrogeons plutôt sur la cohérence future de la politique étrangère de Sarkozy, dont on nous dit, qu'avant de choisir Kouchner, il avait au préalable contacté Hubert Védrine. Quant on sait que l'un est partisan du droit d'ingérence tandis que l'autre est plus légaliste, que l'un est atlantiste tandis que l'autre plaide pour un monde multipolaire, que l'un était partisan de la guerre en Irak alors que l'autre y était hostile, on ne peut que nourrir de légitimes inquiétudes...

Images1 Pas de morale, s’il vous plaît. Faire de la politique, c’est aspirer au pouvoir. Ne critiquons pas Bernard Kouchner comme si nous partagions le point de vue de ceux qui souhaitent rester dans l’opposition pour l’éternité. Reconnaissons que, pour un militant socialiste, tout se passe à une vitesse vertigineuse. Les frontières semblent se brouiller. Roger Hanin vote Buffet au premier tour et Sarkozy au second. Max Gallo passe de Chevènement à Sarkozy. Hubert Védrine est contacté, Claude Allègre est en mission et Eric Besson "prospective". Je ne sais quel ennemi est à nos frontières qui exigerait un gouvernement d’union nationale.

Tous vertueux, prêts à servir la France, le peuple, dans la lignée de Clemenceau, de Gaulle, Guy Môquet. Il ne reste plus qu’un seul Grand Parti de France, qui regroupe droite et gauche.

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Pour une politique économique européenne

Images2 Sarkozy n’a pas perdu de temps : à peine élu, il s’est déjà déplacé en Allemagne pour y rencontrer Angela Merkel puis à Bruxelles pour dialoguer avec le président de la Commission européenne. On y a semble-t-il beaucoup parler d’un nouveau traité, plus court, et limité aux aspects institutionnels. Nous serons bien sûr vigilants quant à son contenu et à ses modalités de ratification.

Mais, il ne faudrait pas que le mécano institutionnel occulte l’essentiel : la désindustrialisation de l’Europe, et son corollaire les délocalisations. Or, l’Europe est, avec les Etats-Unis et le Japon, la seule zone à peu près ouverte à la mondialisation des échanges de biens, de services et de capitaux. Le laissez-faire laissez-passer y est donc la règle. Et la commission de Bruxelles, fidèle à son credo libéral, semble admettre l’idée que la Chine devienne l’atelier du monde, l’Europe devant se résigner à n’être qu’une économie de services, éventuellement à haute valeur ajoutée. Mais au service de qui ou de quoi ? est-il possible d’imaginer une économie sans poumon industriel, ne serait-ce qu’en raison des progrès technologiques  que la maîtrise de savoir-faire industriels implique ? est-il possible simultanément de laisser la mondialisation déformer la répartition des revenus au détriment du travail, contribuant ainsi au déclassement de la classe moyenne ?

Il faut le marteler : on ne construira pas d’Europe puissante et prospère, et donc séduisante pour ses habitants, si celle-ci se vide peu à peu de sa substance économique. Le libre-échange est sans doute bénéfique mais l’économiste anglais du XIX ème siècle Ricardo qui en est le fondateur théorique n’avait pas prévu la mobilité des mouvements de capitaux que nous connaissons aujourd’hui. Une préférence communautaire impliquant un tarif extérieur commun doit donc être mise en œuvre : c’est une voie raisonnable qu’appellent de leurs vœux aussi bien l’ancien Premier ministre Fabius, que le Prix Nobel d’économie Maurice Allais ou le démographe Emmanuel Todd.

Simultanément, il faudra bien un jour remettre en cause l’hégémonie du dollar, qui octroie aux Etats-Unis le privilège insensé de vivre à crédit sur le dos du reste de la planète, ce qui engendre des désordres économiques et sociaux que nous devons gérer ensuite. La création de l’euro devait y contribuer. Encore faut-il que la parité euro/dollar soit réaliste, ce qui n’est pas le cas également. Encore faut-il également que les spéculations boursières soient régulées, ce qui passe notamment par une réglementation des « hedge funds ».

C’est sur ces domaines que l’Europe réussira ou échouera ; c’est donc sur ces domaines que les radicaux jugeront la politique européenne de Sarkozy. Tout le reste n’est que littérature…

Merci

Images Chirac est parti : il sera bien temps de critiquer sa pratique du pouvoir clanique, les promesses non tenues et son immobilisme gestionnaire, qui, quoi qu’on en dise, est tout sauf radical. Avec lui la France a sans doute pris 5 ans de retard, si ce n’est plus, et le rapport de confiance que les citoyens entretiennent avec la classe politique s’est sans doute dégradé. Pourtant, aujourd’hui, l’heure n’est pas à la critique mais à la gratitude. Par deux actes, Chirac a en effet su montrer qu’il avait la carrure pour la fonction : d’une part quand il a dit non aux Etats-Unis en refusant d’engager la France dans cette folle guerre d’Irak ; d’autre part quand il a promulgué la loi sur le voile, qui a permis de réaffirmer le principe laïque et de réduire les tensions communautaires. Pour cela, et seulement pour cela, merci.

jeudi 24 mai 2007

Rencontre-débat avec les auteurs de l'Idée républicaine en Europe et dans le monde

Couverture_ide_rpublicainevolume_1_ Paul Baquiast et Emmanuel Dupuy, qui ont coordonné L'idée républicaine en Europe et dans le monde , organisent, en compagnie des auteurs de cet important ouvrage collectif en deux volumes, une rencontre-débat qui aura lieu

Lundi 4 juin 2007
Espace L'Harmattan
21 bis, rue des Ecoles M° Maubert Mutualité

Paris 75005

Ce sera l'occasion d'évoquer l'actualité de la question républicaine et, pour les sympathisants et adhérents de l'U2R, de rencontrer les membres du bureau de l'U2R. A dans dix jours, donc !