Contre les statistiques ethniques
Libération du vendredi 23 février 2007 a publié une pétition contre l'établissement de statistiques ethniques, que réclament certaines associations (le CRAN par exemple). L'hostilité à ces statistiques ethniques repose sur deux arguments : il est dès aujourd'hui possible de mesurer l'ampleur des discriminations raciales sans recourir à ces outils, dangereux. Par ailleurs, de telles statistiques n'ont d'intérêt que si la discrimination positive était mise en place : or, on sait ici les réserves que nous avons vis-à-vis d'elle (voir note du 24 février ). C'est pourquoi nous sommes signataires, individuellement et collectivement (U2R) de cette pétition et encourageons tous les républicains à la signer. Pour signer la pétition : pétition contre les statistiques ethniques
Engagement républicain contre les discriminations
Par Jean-François AMADIEU, Patrick WEIL, Dominique
SOPO, Samuel THOMAS, Mouloud AOUNIT
La lutte contre les discriminations et pour une véritable égalité suppose des actions vigoureuses. Celles-ci consistent notamment à soutenir les efforts du système éducatif, à moderniser profondément les processus de recrutement et de déroulement de carrière, à ouvrir et garantir l'accès de tous aux biens et services. Nous, signataires de cet engagement, partageons la conviction de l'importance de cet enjeu, le diagnostic des efforts qu'a encore à effectuer la France en ce domaine, et avons un objectif commun d'égalité.
Pour évaluer les discriminations en raison des origines et pour mesurer les progrès réalisés, il faut disposer de données statistiques. Les informations actuellement disponibles permettent de constituer de telles données. Des enquêtes par tests, consacrées par la loi en 2005, permettent de mesurer les discriminations par exemple dans l'accès au logement, à l'emploi ou encore aux boîtes de nuit. Dans les entreprises et dans les enquêtes nationales, nous disposons d'informations comme la nationalité ou le pays de naissance du répondant (ou de ses parents, parfois). Le prénom des individus est également disponible et suffisamment corrélé aux origines. Il est donc parfaitement possible en l'état actuel de mesurer les phénomènes discriminatoires, c'est-à-dire l'inégalité des chances d'accès à un emploi, au logement ou à certaines formes de consommation. Les discriminations en raison des origines, du handicap, du sexe, de l'âge, de l'apparence physique ou encore du lieu de résidence font déjà l'objet de mesures précises.
Vouloir aller plus loin en sollicitant des individus qu'ils déclarent leur ethnie, leur «race», leur religion ou encore leur orientation sexuelle est inutile dans le cadre de la lutte contre les discriminations et pour l'égalité des chances. Inutiles, les statistiques ethniques sont également dangereuses. Loin de donner une image de la diversité, elles reviendraient à la simplifier outrageusement. Il est impossible de classer une population d'origines multiples en représentant cette diversité. Une classification unique serait forcément réductrice et inappropriée. Elle inventerait des groupes qui n'existent pas, créerait des divisions là où il y a rapprochement, suggérerait homogénéité là où il y a diversité, mettrait des frontières là où il y a continuité. Les statistiques ethniques auraient pour effet de faire droit à la notion de «race» - dont chacun reconnaît le caractère non-scientifique et le danger - et de développer les affrontements
communautaires.








