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jeudi 29 mars 2007

A propos des émeutes de la gare du Nord

Emeute L'émeute qui s'est produite hier à Gare du Nord, qui succède à la garde à vue "musclée" d'une institutrice défendant des enfants "sans-papiers", est un symptôme qui rappelle que la France traverse une triple crise : institutionnelle, nationale et sociale

1) Crise institutionnelle puisqu'une des institutions de la république, la police, est mise en cause. D'un côté, une partie de la population nie sa légitimité à faire respecter la loi, qu'il s'agisse du paiement des titres de transport ou de l'expulsion des sans-papiers : or, la république c'est l'ordre fondé sur la loi. Si la loi est juste, (et peut-elle ne pas l'être dans un pays démocratique ?), on ne peut contester qu'elle soit appliquée par la police, dont c'est le rôle. On mesure ainsi le désordre d'une société au fait qu'une loi ne soit plus sacrée aux yeux de l'opinion : la raison en est que trop de lois a sans doute tué la loi. L'inflation législative est en effet telle que les lois sont appliquées à peine une fois sur deux, et sanctionnées tout au plus une fois sur 10. Dès lors, le contrôle policier du respect de la loi apparaît comme arbitraire, puisqu'il intervient de façon aléatoire, et donc injuste. L'ordre social ne pourra donc être rétabli que lorsque les lois seront moins nombreuses mais mieux respectées. Mais la crise institutionnelle a un autre versant : la police, institution républicaine, se comporte avec une brutalité parfois disproportionnée avec les actes commis. Or, il faut rappeler sans relâche qu'il ne peut y avoir de police qu'exemplaire et démocratique. C'est sans doute loin d'être le cas actuellement. Une politique républicaine doit donc s'attaquer aux deux maillons simultanément : rendre légitime la loi, et rendre républicaine la police.

2) Crise nationale :  il faut être aveugle pour ne pas voir que les émeutes de la gare du Nord comme celles de novembre 2005 concernent avant tout une immigration récente. On mesure le résultat de politiques qui ont flatté les différences, le multiculturalisme, l'enseignement des langues étrangères maternelles, au détriment des politiques d'assimilation. Au lieu de fondre ces nouveaux apports dans un peuple commun, dans lequel ils auraient apporté leur vitalité, on a parqué les nouveaux immigrés dans des ghettos, dont certains sont au bord de la dissidence. Dans le même temps, on cultivait l'effacement de la nation : celle-ci était vouée à quittter le théâtre de l'Histoire au profit de l'Europe, son passé que l'on croyait glorieux devenait un passif, et la défense de la nation, née à gauche à Valmy en 1792, était abandonnée à l'extrême-droite. Comment dès lors intégrer des immigrés à une France que les élites françaises n'aiment plus ?

3) Crise sociale : ces émeutes, comme toutes les émeutes dans tous les pays, à toutes les époques, prospèrent sur fond de misère et d'impasse sociale. Or, on voit bien que la simple redistribution des revenus ne suffit pas à la faire reculer : elle se contente d'arroser du sable. La vérité est que la société française est devenue une société bloquée, où les positions sont figées, où la reproduction sociale devient chaque jour plus forte, ou les "fils de" dament le pion aux primo-arrivants, même talentueux. Les jeunes, notamment immigrés, sont ainsi privés d'ascenseur social. Les politiques d'assistanat sont peut-être utiles parce qu'elles permettent d'étouffer le feu sous la cendre : elles n'empêcheront pas d'autres incendies d'éclater de nouveau. Les jeunes ont en effet moins besoin de subventions que d'emplois et de dignité. On ne s'en sortira donc que par un plan de redressement économique qui libère les énergies, et qui donne à tous un emploi et un espoir : celui de pouvoir, par son mérite et son effort personnel, améliorer sa position sociale. Cela passe par un nouveau plan Pinay-Rueff, supprimant les barrières à l'entrée de certaines professions, favorisant les PME, et s'attaquant au cancer de la dette publique, qui détourne l'épargne des investissements rentables et favorise les rentiers

La situation évoque 1958 : des institutions à bout de souffle, une nation qui doute de son avenir, des désordres économiques. Elle appelle donc des mesures énergiques, en rupture sans doute avec les pratiques des 15 dernières années. Devant l'autisme du PS et de l'UMP, il ne faudra pas s'étonner si, le 22 avril, de nombreux Français se tournent vers Bayrou. 

mardi 27 mars 2007

50 ans d'Europe : que la république était belle sous l'Empire

Europe Que la République était belle sous l'Empire. C'est un peu ce que l'on éprouve aujourd'hui quand on observe ce qu'est devenue l'Europe, du haut de ses 50 ans : un beau projet, qui a apporté beaucoup, mais dont le moteur s'est grippé ces dernières années. Si rien n'est fait, le rêve d'une Europe puissance jouant sa carte dans un monde multi-polaire s'évanouira au profit d'une zone de libre-échange impuissante face à la mondialisation. Etait-ce le projet des fondateurs ? poser la question, est-ce être anti-européen ?

Comment tout cela est-il arrivé ? L'élargissement à la hussarde, non préparé, prenant par surprise les peuples déjà membres, y est certainement pour beaucoup : nombreux sont ceux qui ont eu le sentiment que l'Europe devenait un espace grand ouvert, sans que ses limites géographiques et culturelles soient fixées, sans que l'on sache non plus le but que se donnait le nouvel ensemble, sans enfin que les peuples soient consultés. Au lieu de renforcer l'Union à 15, en la dotant d'institutions stables, d'un projet politique cohérent, d'une direction claire, on a préféré accueillir 12 nouveaux membres, à égalité avec les autres : qui ne voit que la discussion à 27 devient plus difficile, voire impossible ? Elargir avant d'approfondir, c'était mettre la charrue avant les boeufs. Mitterrand en 1989 parlait d'une Europe constituée en trois cercles : qui l'a écouté ?

Dans le même temps,  on réduisait les fonds structurels destinés à financer le développement des nouveaux membres : ces aides, qui ont permis en leur temps la mise à niveau de l'Espagne, du Portugal, de la Grèce, de l'Irlande, risquent de manquer cruellement à la Pologne ou à la Roumanie, ce qui fait redouter le dumping social au sein de l'Union. Circonstance aggravante : en même temps qu'elle libéralisait son marché intérieur, l'Europe, au sein de l'OMC, s'ouvrait également au grand large de la mondialisation libérale. Sans tarif extérieur commun vraiment protecteur, l'Europe est devenue ainsi une simple annexe du grand marché mondial, où la Chine et l'Inde viennent faire leurs emplettes. Les restructurations de son tissu industriel se sont alors accélérées, alimentant les peurs, les angoisses, l'insécurité sociale, la précarité. Elles vidaient également chaque jour un peu plus la souveraineté de l'Europe sur ses affaires : mais alors, à quoi bon détricoter la souveraineté nationale si une souveraineté européenne est incapable de prendre le relais ?

En fait, tout le drame que nous vivons peut être résumé en une phrase : le projet européen est devenu le projet exclusif des élites. Il s'est coupé du peuple, qui voit bien le divorce entre les promesses et les réalisations. Une oligarchie formée de hauts fonctionnaires, de politiques, de medias, continue à imposer sa vision monocolore de l'Europe, sans écouter les plaintes des électeurs, rejetant les sceptiques dans le camp des nationalistes infréquentables, des beaufs populistes, des vaincus de l'Histoire. Elle n'a pas encore compris que le débat n'est plus entre pro et anti-Européens, mais entre Européens, tous convaincus de la nécessité de l'Europe, mais en désaccord sur les formes qu'elle doit prendre. Pour le dire autrement, critiquer l'Europe, débattre de ses institutions ou de ses directives sociales et économiques, ce n'est pas combattre l'Europe, c'est au contraire faire vivre le débat démocratique en Europe.

Les élites ne l'ont pas compris. Sur ce thème, ce sont elles qui sont ringardes : elles sont en retard sur les peuples, finalement bien plus européens qu'elles.

jeudi 22 mars 2007

Bayrou au Zénith

Bayrou a tenu un grand meeting au Zénith hier soir : 7.000 personnes dans la salle, au moins 4.000 à l'extérieur. Bayrou y a rappelé une conception exigeante de la république, ni libérale à l'américaine façon Sarkozy, ni sociale-démocrate à la scandinave façon Royal. Il a notamment rappelé son combat contre les puissances médiatiques, sa volonté d'éviter qu'un seul parti n'accapare tous les pouvoirs, sa défense des "petits" contre les "gros". Nous avons ainsi retrouvé avec plaisir la thématique radicale du citoyen contre les pouvoirs, qui nous est chère : hier soir résonnait un vent de fronde contre toutes les oligarchies. Par ailleurs, sa proposition de relever les petites retraites à 90% du SMIC nous a rappelé la phrase de Gambetta : "il ne suffit pas de proclamer les égaux, il s'agit aussi d'en faire". Nous reproduisons ci-dessous le compte-rendu par Nicolas Domenach, journaliste à Marianne.

Bayrou   Avec son costume blouse grise traditionnel, sa chemise blanche d'officiant, son phrasé de pédago inspiré par Péguy, Barrès, de Gaulle et Mendès, le président de l'UDF ne paraissait guère tarabusté même s'il était ému. Il reprenait son souffle comme on prend de l'élan, et partait hardiment à l'assaut de la gauche, de la droite, de Sarkozy surtout, son adversaire privilégié, son ennemi intime, « le Président du CAC 40 et du show-biz » comme il l'appelle, alors que lui serait « le Président des ouvriers, des paysans, des artisans, des enseignants, des médecins ». Bref, « le Président du peuple ». Ce n'était pas seulement une figure de style qui soulevait la salle de bonheur. François Bayrou a toujours détesté ce monde du fric et des paillettes qu'incarne selon lui le ministre de l'Intérieur. Et ce dernier n'aurait pas dû se moquer de son fameux tracteur à quatre roues motrices qui le disqualifierait pour conduire le char de l'Etat.

« J'ai bien entendu ce mépris, lui a répliqué le provincial… Sarkozy n'aurait pas dit la même chose si j'avais commencé dans la vie non pas en travaillant de mes mains, mais en héritant d'un groupe multimilliardaire ». Et cet enfant de paysan poursuivait sous les vivas. « Je vais lui apprendre quelque chose à Nicolas Sarkozy, il arrive que ceux qui travaillent de leurs mains pensent et qu'ils soient généreux et qu'ils aient envie de changer le monde… » La salle était debout, frémissant, ondulant dans une houle de bonheur. Ce public-là qui écumait sa détestation du présidentiable de l'UMP, ces centristes autrefois si sages, jamais ne voteront Sarkozy au second tour. D'autant que Bayrou a pris soin sur nombre de points importants de se présenter en candidat anti-Sarko dans l'espoir évident de vamper davantage encore les électeurs. Sur l'Europe où il a rappelé qu'il fallait refonder la communauté et qu'il était hors de question de passer en contrebande parlementaire une nouvelle constitution et qu'un référendum s'imposerait. Ainsi s'est-il également distingué de son adversaire numéro 1 sur l'Etat impartial et surtout sur la nécessité impérative de rassembler les Français et non de les opposer les uns aux autres.


Charlie Hebdo relaxé

Charlie Les radicaux se félicitent qu'en relaxant Philippe Val, directeur de Charlie hebdo, la justice ait confirmé le droit absolu à la liberté d'expression. Le droit au blasphème est donc ainsi reconnu. Cette victoire montre qu'il ne faut pas désespérer de la république : elle est peut-être plus forte qu'on ne le croit et ceux qui dénoncent sa ringardise en pronant la censure au nom du respect des religions, ou en flattant les communautarismes de tous poils, peuvent aujourd'hui s'en mordre les doigts. Les idées républicaines ne sont pas en déclin : elles ne demandent en fait qu'à être ravivées et défendues haut et fort. Il suffit seulement que les républicains en prennent conscience : qu'ils cessent donc de baisser la tête et qu'ils portent haut les couleurs de la laïcité.

vendredi 16 mars 2007

Le radicalisme ou le dogmatisme de l'action

Alain Pourquoi soutenir François Bayrou et non Ségolène Royal, nous demande-t-on parfois ? Les raisons sont nombreuses mais Alain, dans un propos de 1906 , nous souffle peut-être la réponse...

"Si vous lui parlez d'un avenir meilleur, et des destinées lointaines de l'humanité, (le radical) vous écoutera, en vous fixant de son oeil clairvoyant ; et les objections ne manqueront pas, parce que, tant qu'il s'agit de théorie, cet esprit prudent veut un système parfaitement construit.

Mais déjà son oeil se détourne et brille vers autre chose. Tout son être se ramasse pour une action énergique. C'est qu'il a flairé quelque ennemi de la liberté. Et alors le voilà dogmatique pour l'action, sûr de lui, imperturbable et impitoyable. Oui, dogmatique dans l'action, sceptique dans la réflexion, voilà le radical. Et il y a peu de radicaux. Beaucoup trouvent plus commode d'être, tout au contraire, dogmatiques en théorie, et sceptiques dans l'action. Ceux-là peuvent être socialistes, ils ne sont pas radicaux."

C'est bien là ce que nous redoutons chez Ségolène Royal : un volontarisme affiché qui risque de s'étioler au pouvoir. Chat échaudé craint l'eau froide. Surtout s'il est radical. Nous préférons un programme plus modeste, mais républicain, dont on peut penser qu'il sera lui appliqué. Le dogmatisme dans l'action, plutôt que dans la réflexion : voilà sans doute ce qui guide nos choix depuis 2002 : Chevènement plutôt que Jospin, Lepage plutôt que Voynet, Fabius ou Bayrou plutôt que Royal...

La mort de Lucie Aubrac

Aubrac Beaucoup a déjà été dit sur la mort de Lucie Aubrac : elle restera pour nous l'incarnation du courage et de la vertu. Le monde aujourd'hui manque sans doute cruellement d'hommes et de femmes de la trempe de Lucie Aubrac. Que son exemple puisse inspirer nos combats aujourd'hui : comme le dit si bien Jean Lacouture dans le Nouvel Observateur du 15 mars, elle fut un maître de vie.

A-T-ON LE DROIT de se sentir fier d’avoir été proche de certains êtres d’exception quand on n’a pas pris sa part des risques qui leur ont valu le respect de leurs contemporains ? On peut en tout cas témoigner, rappeler par exemple que l’héroïsme ne voue pas à l’isolement. Que celle qui sut arracher à Klaus Barbie son mari Raymond Aubrac tombé aux mains de la Gestapo en même temps que Jean Moulin, son chef de file, était l’être le plus généreusement ouvert aux autres, le plus porté à communiquer, à expliquer, à transmettre.

Ceux qui ont connu Lucie Aubrac peuvent témoigner que ce qu’elle avait accompli face à l’occupant nazi ne lui importait que dans la mesure où l’ancien professeur d’histoire qu’elle était y voyait la matière d’un enseignement, d’une constante communication avec la jeunesse. D’écoles en collèges et en universités, elle allait, indifférente à l’âge, à la fatigue, dans un grand sourire sous les cheveux blancs, apprendre aux plus jeunes qu’il n’est de défaite que dans la résignation, et d’impossible que ce qu’on n’a pas tenté de surmonter. Elle détestait le mot d’"héroïne", pour peu qu’on lui appliquât. Alors on dira que celle qui vient de nous quitter fut un maître de vie.

Jean Lacouture

 

mercredi 14 mars 2007

Un nouvel essai d'André Bellon

Bellon André Bellon sort un nouvel essai aux Editions de Minuit. Dans "Une nouvelle vassalité, contribution à une histoire politique des années 1980", il analyse son expérience politique de député de 1981 à 1993 pour comprendre comment la gauche a pu trahir certains de ses idéaux. Une réflexion qui met ainsi en lumière les difficultés du PS et de Ségolène Royal à se faire entendre aujourd'hui des électeurs. Nous en publions la quatrième de couverture.

«J’ai vécu, pour ma part, le moment historique des années 1980 à un bon poste d’observation. Douze ans député, puis deux ans président de la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale, j’ai pu analyser les gestes, les déclarations, les attitudes de nombreux acteurs importants de ce moment de rupture, avant et après 1983. Si j’ai décidé d’écrire cet ouvrage, ce n’est pas pour expliquer une fois de plus les nouvelles relations sociales, économiques ou politiques construites au cours des années 1980. C’est pour décrire comment des esprits de gauche, pourtant préparés avant 1981 à une explosion de liberté, se sont lentement mais sûrement soumis à une nouvelle suzeraineté qui perdure aujourd’hui. Nous, élus des années 1980, sommes collectivement coupables d’avoir participé à un jeu politique perverti. Combien exprimèrent-ils leur réprobation d’une politique contraire aux principes affichés? Que sont devenues les mœurs politiques et les principes républicains censés les régir? Et la liberté de penser? Les citoyens ont trop vite et trop bien intégré l’idée qu’aucune autre politique n’est possible. Il fallait se soumettre au nouvel ordre mondial. Certains jugeront le terme de vassalité excessif. Il m’arrive de le trouver trop faible. Voici ma modeste contribution à l’histoire politique des années 1980.»

dimanche 11 mars 2007

Pourquoi nous soutenons Bayrou

Lepage_1 Corinne Lepage vient d’annoncer son soutien à François Bayrou. Cette démarche, effectuée en concertation avec l’U2R, s’explique par le tournant nouveau qu’a pris ces derniers jours la campagne présidentielle. Qui ne voit que Bayrou est en train de créer une dynamique nouvelle, la seule susceptible de défaire au second tour Nicolas Sarkozy ? Or, faire de la politique, ce n’est pas rester inflexible sur un catalogue exhaustif de propositions, c’est avant tout hiérarchiser ses priorités : et pour nous, radicaux, attachés aux libertés, à la laïcité, et au « vivre ensemble », faire barrage au Ministre de l’Intérieur reste le combat qui prime tous les autres. C’est pourquoi nous rejoignons, comme Corinne Lepage, dès ce jour et sans états d’âme, l’équipe de campagne de Bayrou.

Ce soutien ne doit pas surprendre : il est cohérent avec les choix que nous avons exprimés depuis 2002. Il s’agit en effet de sortir du carcan UmPS, ce carcan  que les élites et les medias veulent nous imposer, pour au contraire renouveler l’offre politique et permettre aux républicains de retrouver des moyens d’expression. Là où Chevènement a échoué en 2002, il semble que Bayrou soit sur le point de réussir : c’est sans doute le moment où un coup de pouce, comme notre soutien, peut s’avérer décisif. Bayrou a donné suffisamment de gage de sa sincérité ses dernières années, notamment par le vote de la motion de censure en 2006 et son combat courageux contre TF1, pour qu’on lui fasse crédit de vouloir réformer les institutions, en les démocratisant et en instaurant une meilleure représentation des courants minoritaires. Dans une république ainsi rénovée, nul doute que le radicalisme ne retrouve la place qu’il mérite dans le débat, nul doute également que les idées républicaines, que le PS et l’UMP ont trop souvent fait reculer, ne regagnent du terrain. François Bayrou est également le seul à faire de la réduction de la dette publique une priorité de son quinquennat : or, la dérive des finances publiques a toujours été pour les radicaux un signe de désordre social et d’encouragement délétère pour les rentiers. Enfin, François Bayrou a le soutien d’une large partie des professeurs : pour des radicaux attachés à une Ecole qui institue le citoyen dans l’élève, qui émancipe et qui instruise, ce soutien des enseignants est un signal fort que l’on ne peut ignorer. Toutes ces raisons font de Bayrou un bon candidat pour les républicains, et à bien des égards, bien plus républicain que ceux  qu’on lui oppose.

Nous ne sous-estimons pas cependant  les désaccords que nous avons pu avoir avec Bayrou, notamment sur l’Europe et la laïcité. Mais sur l’Europe, Bayrou semble avoir tiré les leçons du référendum de 2005: il s’est en effet engagé à ce que le nouveau traité européen soit soumis au suffrage universel, ce qui, pour nous, est la meilleure des garanties. Quant à la laïcité, il reconnaît publiquement son erreur de 1994, quand il voulait amender la loi Falloux : il semble sur ce sujet avoir mûri, et surtout, il apparaît comme le seul capable de nous préserver des tentations communautaires qui séduisent dangereusement la droite Ump et la gauche PS.

Que l’on se rassure : ce soutien n’est pas un ralliement. Nous gardons notre autonomie de jugement et ferons valoir nos idées pendant cette campagne, campagne à laquelle nous serons associés à part entière. En faisant le choix de Bayrou, nous avons le sentiment de faire plus pour le radicalisme que nos cousins du PRG ou de la place de Valois, bien silencieux ces dernières semaines. Or, le radicalisme, c’est d’abord le refus de se taire. « Penser, c’est dire non », enseignait Alain. En rejoignant celui qui a le courage de dire non aux oligarchies médiatiques et politiques, nous restons fidèles à notre idéal.

samedi 10 mars 2007

L'idée républicaine dans le monde

Couverture_4 Paul Baquiast et Emmanuel Dupuy publient ce mois-ci un nouveau livre de réflexion sur l'idée républicaine : "l'Idée républicaine hors de France, en Europe et dans le monde", en deux volumes chez L'Harmattan. Cet ouvrage est le dernier volet d'un tryptique, ouvert avec  "Les Républicains atypiques du XIXème siècle" et poursuivi avec "Deux siècles de débats républicains". Cette fois-ci, il s'agit de cerner la notion de République au-delà de la scène politique française : la République est-elle une exception française ou trouve-t-elle un écho ailleurs ? le modèle français est-il dépassé ou constitue-t-il une avant-garde ? est-il marginal ou sert-il de référence ?

Ces questions ont déjà fait l'objet d'une réponse lors d'un colloque organisé par l'U2R en mai 2006, confrontant les universitaires de tous pays ayant particpé à l'ouvrage, et les politiques. Au cours de cet échange fructueux, André Bellon, Corinne Lepage, Marie-Noëlle Lienemann et Nicolas Dupont-Aignan ont pu se retrouver sur une même vision de la République : le souci du bien commun, la laïcité, le refus du communautarisme, la république comme accès à l'universel. Un prolongement politique, rassemblant les républicains de bonne volonté des deux rives, semblait ainsi possible.

Ces deux ouvrages arrivent à point nommé au cours de cette campagne présidentielle : ils permettront sans doute aux lecteurs d'approfondir leur réflexion républicaine pour faire le choix du candidat le plus républican. Ils illustrent également la présence des radicaux de l'U2R dans le débat intellectuel et politique. Nous reviendrons prochainement plus en détail sur cette importante publication : dès aujourd'hui, nous en publions la quatrième de couverture.

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