Pour une politique économique européenne
Sarkozy n’a pas perdu de temps : à peine élu, il s’est déjà déplacé en Allemagne pour y rencontrer Angela Merkel puis à Bruxelles pour dialoguer avec le président de la Commission européenne. On y a semble-t-il beaucoup parler d’un nouveau traité, plus court, et limité aux aspects institutionnels. Nous serons bien sûr vigilants quant à son contenu et à ses modalités de ratification.
Mais, il ne faudrait pas que le mécano institutionnel occulte l’essentiel : la désindustrialisation de l’Europe, et son corollaire les délocalisations. Or, l’Europe est, avec les Etats-Unis et le Japon, la seule zone à peu près ouverte à la mondialisation des échanges de biens, de services et de capitaux. Le laissez-faire laissez-passer y est donc la règle. Et la commission de Bruxelles, fidèle à son credo libéral, semble admettre l’idée que la Chine devienne l’atelier du monde, l’Europe devant se résigner à n’être qu’une économie de services, éventuellement à haute valeur ajoutée. Mais au service de qui ou de quoi ? est-il possible d’imaginer une économie sans poumon industriel, ne serait-ce qu’en raison des progrès technologiques que la maîtrise de savoir-faire industriels implique ? est-il possible simultanément de laisser la mondialisation déformer la répartition des revenus au détriment du travail, contribuant ainsi au déclassement de la classe moyenne ?
Il faut le marteler : on ne construira pas d’Europe puissante et prospère, et donc séduisante pour ses habitants, si celle-ci se vide peu à peu de sa substance économique. Le libre-échange est sans doute bénéfique mais l’économiste anglais du XIX ème siècle Ricardo qui en est le fondateur théorique n’avait pas prévu la mobilité des mouvements de capitaux que nous connaissons aujourd’hui. Une préférence communautaire impliquant un tarif extérieur commun doit donc être mise en œuvre : c’est une voie raisonnable qu’appellent de leurs vœux aussi bien l’ancien Premier ministre Fabius, que le Prix Nobel d’économie Maurice Allais ou le démographe Emmanuel Todd.
Simultanément, il faudra bien un jour remettre en cause l’hégémonie du dollar, qui octroie aux Etats-Unis le privilège insensé de vivre à crédit sur le dos du reste de la planète, ce qui engendre des désordres économiques et sociaux que nous devons gérer ensuite. La création de l’euro devait y contribuer. Encore faut-il que la parité euro/dollar soit réaliste, ce qui n’est pas le cas également. Encore faut-il également que les spéculations boursières soient régulées, ce qui passe notamment par une réglementation des « hedge funds ».
C’est sur ces domaines que l’Europe réussira ou échouera ; c’est donc sur ces domaines que les radicaux jugeront la politique européenne de Sarkozy. Tout le reste n’est que littérature…
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