Jamais autant, l’adage « rendons à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » n’aura sonné si juste, en France et ailleurs. Il aura ainsi suffit d’un discours enflammé du président de la République à Rome pour que plus d’un siècle de laïcité à la française ne vole en éclat…
Celui qui se veut l’incarnation de la stricte séparation entre la sphère publique et de la religion, en faisant référence solennellement aux racines chrétiennes de la France, en prônant le principe d’une laïcité dite « positive », en souhaitant que les représentants des cultes prennent une part plus ostensible aux débats politiques en intégrant, par exemple, le Conseil économique et Social, dévoile un peu plus son jeu…
Nos voisins ne sont pas en reste.
La campagne présidentielle américaine, entre expression médiatisée de la foi religieuse de tous les candidats à la Maison blanche, tourne à un « grand barnum » politico-religieux, parfaitement intolérable dans le sens qu’il prend non seulement en otage les électeurs devenus simples consommateurs mais qu’il semble légitimer des « Eglises » qui revêtent plus souvent les habits d’organisations cultuelles aux buts largement sujets à caution. L’on en vient même, sans choquer grand monde, à remettre au même niveau le créationnisme et l’évolutionnisme !
Ce n’est hélas pas un cas isolé : jamais l’Eglise orthodoxe n’aura joué un rôle si prégnant dans la victoire sans coup férir de Vladimir Poutine lors des dernières municipales de décembre dernier. Ici, comme aux Etats-Unis, les thèmes de l’avortement, du mariage, de la contraception, de la bioéthique, sont devenues les cibles de tous les fanatismes et obscurentismes.
On ne compte plus, par ailleurs, les théâtres d’expression de cette nouvelle forme d’ingérence de la religion dans le domaine séculier. En Chine, où la religion, version évangélique, tend a substituer le centralisme démocratique. Au Mexique, encore, où la religion fait et défait les présidents, sur fond de népotisme, de corruption et de corporatisme, dans un pays, voire sur le reste du continent latino-américain, l’Eglise catholique se fait volontiers thurifaire des pouvoirs conservateurs en place.
Dans le monde arabo-musulman, l’on en compte plus les coups de boutoirs des Islamistes contre les valeurs démocratiques et l’aspiration des peuples à vivre en paix, en sécurité et en harmonie entre eux.
Face à ses dérives inquiétantes, expressions multiformes d’une même remise en cause coordonnée des principes émancipateurs et progressistes républicains les plus élémentaires, l'U2R entend défendre ardemment ces derniers.
Le prix international et national de la laïcité, qui sera remis à Paris, en 2008, sera l’occasion de réaffirmer combien la Raison, l’universalisme, l’adogmatisme, la morale, la séparation entre pouvoir, religion et science sont consubstantielles avec République et laïcité.
Chers amis d'U2R et du progrès,
Cet article sur la laïcité me parait venir à point dans l'actualité. En effet, le chef de l'Etat met de plus en plus, l'accent sur la "politique de civilisation". Ce thème peut être porteur de débats fructueux et féconds si tous se sentent convoqués au dialogue. J'ai pourtant, l'impression que les philosophes déistes ou athées se sentent relativement exclus de la démarche de l'échange spirituel. Or, pour moi, la philosophie fait partie intégrante du cadre spirituel général de notre société.
Pour "rectifier le tir" en ce qui concerne les propos de Nicolas Sarkozy, je vous donne, en annexe, des extraits de son discours à Riyad.
Bonne lecture à tous!
Bonne critique et bon débat!
Merci d'avance pour tous vos commentaires!
Bien cordialement,
Robert Brugerolles
robertbbrugerolles@free.fr
robertbaiedenice@yahoo.fr
Annexe:
EXTRAITS DE de L'ALLOCUTION DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
DEVANT LE CONSEIL CONSULTATIF
Riyad – lundi 14 janvier 2008
(...)
"Le sentiment religieux n’est pas plus condamnable à
cause du fanatisme que le sentiment national ne l’est à cause du nationalisme.
En tant que chef d’un Etat qui repose sur le principe de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, je n’ai pas à
exprimer ma préférence pour une croyance plutôt que pour une autre. Je dois les respecter toutes, je dois
garantir que chacun puisse librement croire ou ne pas croire, que chacun puisse pratiquer son culte dans
la dignité.
Je respecte ceux qui croient au Ciel autant que ceux qui n’y croient pas.
J’ai le devoir de faire en sorte que chacun, qu’il soit juif, catholique, protestant, musulman, athée, francmaçon
ou rationaliste, se sente heureux de vivre en France, se sente libre, se sente respecté dans ses
convictions, dans ses valeurs, dans ses origines.
Mais j’ai le devoir aussi de préserver l’héritage d’une longue histoire, d’une culture, et, j’ose le mot,
d’une civilisation. Et je ne connais pas de pays dont l’héritage, dont la culture, dont la civilisation n’aient
pas de racines religieuses.
Je ne connais pas de culture, pas de civilisation où la morale, même si elle incorpore bien d’autres
influences philosophiques, n’ait un tant soit peu une origine religieuse.
Dans le fond de chaque civilisation il y a quelque chose de religieux, quelque chose qui vient de la
religion. Et dans chaque civilisation il y a aussi quelque chose d’universel, quelque chose qui la relie à
toutes les autres civilisations.
Et d’ailleurs depuis que la civilisation est apparue face à la barbarie, depuis que les relations entre les
hommes ont cessé d’être exclusivement fondées sur la brutalité et sur la violence, depuis que par un
effort toujours recommencé sur lui-même l’Homme a cherché, sans toujours y parvenir, à domestiquer
ses instincts, les civilisations se rencontrent, dialoguent, échangent, se fécondent les unes les autres.
Il n’y a pas de civilisation qui ne soit le produit d’un métissage. L’Occident a recueilli l’héritage grec
grâce à la civilisation musulmane. Et fut la civilisation de la Grèce antique, elle le devait pour une large
part à ce qu’elle avait hérité de l’Egypte et de l’Orient.
C’est peut-être dans le religieux que ce qu’il y a d’universel dans les civilisations est le plus fort. Ce sont
les religions, malgré tous les forfaits qui ont pu être perpétrés en leur nom, qui nous ont les premières
appris les principes de la morale universelle, l’idée universelle de la dignité humaine, la valeur
universelle de la liberté et de la responsabilité, de l’honnêteté et de la droiture."
(...)
L’Homme n’est pas sur Terre pour détruire la vie mais pour la donner.
L’homme n’est pas sur Terre pour haïr mais pour aimer.
L’homme n’est pas sur Terre pour transmettre à ses enfants moins qu’il n’a reçu mais davantage.
C’est au fond ce qu’enseignent toutes les grandes religions et toutes les grandes philosophies. C’est
l’essence de toute culture et de toute civilisation.
C’est ce sur quoi nous devons fonder la politique de civilisation dont le monde a aujourd’hui un urgent
besoin.
(...)
Une politique de civilisation, c’est une politique de la diversité, c’est une politique qui fait du respect de
la diversité des opinions, des cultures, des croyances, des religions un principe universel. Mes chers amis
saoudiens, la diversité ce n’est pas seulement une valeur occidentale. C’est une valeur qui doit être
commune à toutes les civilisations." (...)
Rédigé par : Robert Brugerolles | mardi 15 janvier 2008 à 11:05
- C'est tiré par les cheveux ! On n'a rien d'autre à se mettre sous la dent. C'est sûrement cela.
Pourtant, il y aurait en et au chômage (les spécialistes font le distinction) le quart ou le tiers de la population active française.
Le sous emploi plombe la société française.
Rédigé par : JB | vendredi 25 janvier 2008 à 05:53
LA LAICITE ...
Depuis la séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905, les Français ne se sont jamais interrogés sur la question de savoir si la Laïcité comme tout concept, devait ou non évoluer avec son temps.
En 1905, l'Eglise intervenait dans des domaines régaliens, la séparation entre elle et le Pouvoir n'existant pas.
De nos jours, où la Religion ou l'absence de Croyance, de chacun est garantie, notre Président soumet à notre entendement un concept de "laïcité positive".
Que peut-on entendre par là ?
Que tous les cultes et idéologies qu'elles ou ils soient puissent librement s'exprimer, comme aux Etats-Unis où toute association a le droit à la parole, à l'expression et donc à l'expression de ses tiers, me semble une idée nouvelle, d'ouverture et de tolérance vis à vis de nos concitoyens religieux, spirtualistes ou athés.
C'est pourquoi, je ressens comme un faux procès mené contre notre Chef de l'Etat.
Il s'est exprimé, de façon inhabituelle, mais il a créé des opportunités.
Peut-être aurait-il dû, simplement ne pas se borner à l'Eglise Catholique afin que son écho résonne jusque dans l'oreille de la mouvance la plus discrète ?
Rédigé par : Fabrice BEGUIN | mardi 29 janvier 2008 à 15:00
Que les églises puissent s'exprimer? Mais ne le faisaient-elles pas avant Sarkozy?? Leur liberté d'expression avait-elle été bafouée??
Non, à aucun moment.
Sarkozy a été plus loin, il a implicitement reconnu une supériorité du croyant sur l'athée ou l'agnostique. Et cela, oui c'est intolérable!!
Rédigé par : Nicolas | mardi 29 janvier 2008 à 17:33
J'ai passé le week-end à repotassé les déclarations de notre Président sur la Laïcité.
Même si le discours est un brin provocateur, il n(y aurait pas grand chose à dire si notre Chef de l'Etat ne s'accoquinait pas avec certaines formes fondamentalistes de spiritualités.
Cependant, la façon dont il exploite le filon, fait en effet ressortir comme une volonté fouler au pied les principes démocrates fondatementaux de neutralité de l'Etat.
C'est pourquoi, je dois avouer que, pour l'instant, je demeure très sceptique sur le concept de "Laïcité positive", alors que la Laïcité telle que prévue jusqu'à présent est elle -même plus que positive pour la liberté de l'individu de croire, de ne pas croire et de changer de croyance.
Où allons -nous ?
La suite après Carla (dans six mois)...
Rédigé par : Fabrice BEGUIN | lundi 11 février 2008 à 09:17