mercredi 14 mars 2007

Un nouvel essai d'André Bellon

Bellon André Bellon sort un nouvel essai aux Editions de Minuit. Dans "Une nouvelle vassalité, contribution à une histoire politique des années 1980", il analyse son expérience politique de député de 1981 à 1993 pour comprendre comment la gauche a pu trahir certains de ses idéaux. Une réflexion qui met ainsi en lumière les difficultés du PS et de Ségolène Royal à se faire entendre aujourd'hui des électeurs. Nous en publions la quatrième de couverture.

«J’ai vécu, pour ma part, le moment historique des années 1980 à un bon poste d’observation. Douze ans député, puis deux ans président de la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale, j’ai pu analyser les gestes, les déclarations, les attitudes de nombreux acteurs importants de ce moment de rupture, avant et après 1983. Si j’ai décidé d’écrire cet ouvrage, ce n’est pas pour expliquer une fois de plus les nouvelles relations sociales, économiques ou politiques construites au cours des années 1980. C’est pour décrire comment des esprits de gauche, pourtant préparés avant 1981 à une explosion de liberté, se sont lentement mais sûrement soumis à une nouvelle suzeraineté qui perdure aujourd’hui. Nous, élus des années 1980, sommes collectivement coupables d’avoir participé à un jeu politique perverti. Combien exprimèrent-ils leur réprobation d’une politique contraire aux principes affichés? Que sont devenues les mœurs politiques et les principes républicains censés les régir? Et la liberté de penser? Les citoyens ont trop vite et trop bien intégré l’idée qu’aucune autre politique n’est possible. Il fallait se soumettre au nouvel ordre mondial. Certains jugeront le terme de vassalité excessif. Il m’arrive de le trouver trop faible. Voici ma modeste contribution à l’histoire politique des années 1980.»

samedi 25 novembre 2006

Contretemps...

Régis Debray a un talent de plume certain pour évoquer la république : ses raccourcis, ses métaphores saisissantes permettent parfois de mieux comprendre les forces qui travaillent la société française que les thèses les plus longues. A une époque où l'idéal républicain semble se dérober sous l'emprise des pouvoirs mondialisés, sans frontières (celui du turbo-capitalisme comme celui du retour du religieux prophétisé par Malraux), il n'est sans doute pas inutile de relire cet extrait de "République ou démocratie" publié dans l'ouvrage "Contretemps : éloges des idéaux perdus". Loin d'être seulement nostalgique, ce beau texte devrait stimulerContretemps les ardeurs des radicaux, notamment pour le prochain combat électoral.

Pas plus qu'on ne naît laïque, on ne naît républicain : on le devient. On peut aussi, et pour les mêmes raisons, cesser de l'être. La République n'est pas une prédestination, mais une situation. Elle se gagne par l'effort, et se perd sans effort.

Dans l'Europe des régions, des capitaux et des obédiences, le premier Etat-nation du continent devient retardataire. On s'était cru en avance parce qu'on avait chassé le Bon Dieu de la présidence, pour qu'une société se fonde, non sur l'obéissance des fidèles, ou sur l'appétit des consommateurs, mais sur l'autonomie des citoyens. Si Dieu revient un peu partout avec ses capucins et ses "traders", en force ou en douceur, l'avant-garde se retrouve à la remorque. Pour se montrer concurrentielle, la France devra-t-elle alléger son train de vie, se décrisper en quelque sorte ? Une République à Bruxelles, n'est-ce pas bien encombrant ?

(Pourtant), il n'est rien dont l'Europe ait aujourd'hui plus besoin : restituer aux individus leur dignité de citoyens. Si l'espace public ne leur confère plus cette dignité, ils iront la chercher ailleurs. Car il n'est pas de lien social sans référence symbolique. L'Etat commun à tous viendrait-il à perdre la sienne que les Eglises et les tribus le remplaceraient bientôt dans cette fonction unificatrice. Par simple appel d'air.

Quand une République se retire sur la pointe des pieds, ce n'est pas l'Individu libre et triomphant qui occupe le terrain. Généralement, les mafias et le clergé lui brûlent la politesse, tant il est vrai que chaque abaissement moral du pouvoir politique se paie d'une avancée politique des autorités religieuses, et d'une nouvelle arrogance des féodalités de l'argent.

La défense de l'autonomie individuelle passe à présent par la défense de l'Etat républicain et de la société qui lui correspond. L'ironie du sort faisant du plus impossible des régimes politiques le plus nécessaire. Du plus ringard, le plus futuriste.

jeudi 23 novembre 2006

Le "socialisme libéral" revisité

270714711701_aa240_sclzzzzzzz_v37366492_ De livre en livre, Serge Audier, ancien élève de l’ENS-Ulm, agrégé de philosophie, maître de conférences à l’Université Paris IV Sorbonne, s’affirme comme l’un des meilleurs spécialistes de la pensée républicaine, non seulement en France mais, et c’est là tout l’intérêt de son apport, en Europe et dans le monde.

En 2002, il nous faisait redécouvrir la richesse de la pensée de Giuseppe Mazzini en traduisant et commentant ses pensées sur la démocratie en Europe. L’année dernière, dans Machiavel. Conflit et liberté, c’est la pensée du maître à pensée de Jean-Jacques Rousseau, objet de sa thèse, qu’il éclairait d’une nouvelle lumière. Auparavant, il avait produit un remarquable petit livre,  Les théories de la République, dans lequel il faisait état avec érudition des sources et de la renaissance de la pensée républicaine dans la philosophie politique anglo-saxonne, italienne et française.

Dans la même collection « Repères » des éditions La découverte, Serge Audier nous fait redécouvrir, en cette année d’élections majeures , la substance du socialisme libéral.

Le grand mérite de cet ouvrage, qui n’est pourtant pas polémique, est de mettre au jour la supercherie intellectuelle et médiatique dans laquelle une partie de la gauche française se complet en se référant à ce concept. Le « socialisme libéral » est ainsi présenté comme une idéologie centriste, une forme de libéralisme économique à sensibilité sociale, dont l’incarnation serait le New Labour de Tony Blair.

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samedi 06 mai 2006

Note de lecture : Revive la République de Denis Collin

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Jamais la démocratie n'a été à la fois autant  acceptée, revendiquée, et jamais pourtant elle n'a semblé aussi affaiblie.  La crise de la démocratie se déroule paradoxalement sous le signe du triomphe du libéralisme. Mais le paradoxe n'est qu'apparent : il n'y a pas de lien nécessaire entre libéralisme et démocratie. Le libéralisme peut fort bien n'être pas démocrate et la démocratie n'est pas toujours libérale. Ainsi, la démocratie antique à Athènes ignorait la liberté religieuse et même la garantie de la propriété. Il y a même dans la tradition libérale une certaine  méfiance  à l'égard du suffrage universel.

Les Français se prennent volontiers pour les détenteurs exclusifs du modèle républicain. La République s'identifierait avec l'essence française. Cependant la République n'est pas une invention française. L'idée républicaine est bien plus ancienne que la Révolution, elle remonte aux premiers pas de la philosophie antique.

L'effondrement du marxisme est difficilement discutable. Comme théorie à peu près unifiée, le marxisme orthodoxe a vécu.  Marx a, quant à lui, repris place dans les penseurs de la tradition philosophique et scientifique. La persistance de sa pensée dans le monde universitaire, principalement en Amérique latine et dans le monde anglo-saxon, tend à prouver que la fin du marxisme n'est pas la mort de Marx.

Une bonne théorie politique est une théorie qui permet un consensus par recoupement, c’est-à-dire un accord entre des perspectives différentes et parfois même profondément divergentes sur le bien de l’homme en général et sur l’idéal de la vie commune en particulier. L’auteur veut nous montrer  qu’un  tel consensus  peut être construit entre la tradition républicaine et la perspective socialiste, telle que Jaurès l’avait exprimée, qui visait à achever la révolution en étendant la démocratie politique à la démocratie sociale et économique.

Pour finir, sont donnés  quelques éléments d’un programme, permettant d’incarner la perspective dégagée au long de ce livre. Non pas un programme abstrait, mais un programme qui parte des questions les plus urgentes auxquelles sont confrontés nos concitoyens.

Un livre qui démontre que la crise que traverse la politique n’est pas une fatalité et que l’idée républicaine n’est pas morte, mais qu’au contraire elle est plus que jamais nécessaire, pour construire une société émancipatrice.


François Perrot


Références : Revive la République !, Denis Collin, editions Armand Colin, 20 euros

mercredi 22 mars 2006

Note de lecture : Dominique Wolton, « Demain la francophonie »

Note de lecture
Dominique Wolton, « Demain la francophonie », Paris, éditions Flammarion, 2006, 195 pages, 15 euros


Le sociologue Dominique Wolton, que l'on ne présente plus, tant sa plume alerte nous a guidé sur les chemins d'avenir de cette francophonie, enjeu politique majeur, nous livre - en cette année du centenaire de la naissance du chantre de la négritude et l’ardant défenseur du projet francophone Léopold Sédar Senghor, à quelques mois de la tenue du XIème Sommet de la francophonie à Bucarest et alors que le festival « Francofffonies ! - festival francophone en France » débute en mars et battra jusqu'en octobre au coeur de la diversité culturelle -enfin reconnue comme enjeu majeur pour une mondialisation plus humaniste - un brillant plaidoyer pour ce formidable outil collectif pour mieux appréhender la diversité culturelle, l'intégration, la solidarité et le respect des identités plurielles qu'est l'enjeu linguistique dans les Relations internationales.
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Demain la Francophonie ! Et si nous y étions déjà ? Car Dominique Wolton nous rappelle à travers tous les chapitres de ce livre ambitieux, qui se veut aussi un mode d'emploi, que la francophonie est surtout une utopie concrète qui transcende bien des frontières idéologiques, à condition d'en combattre les idées reçues et d'en faire un levier politique, par exemple pour la politique extérieure de la France…

Le Directeur de la revue Hermès, décrit ainsi scrupuleusement quels sont les principaux fronts sur lesquels la francophonie évolue, entre réalités institutionnelles - à l'image d'un géopolitique complexe marquée par l'interdépendance-, richesse d'un réseau associatif militant marqué par sa jeunesse et hélas ! atermoiement fréquents d'une classe politique, volontiers défaitiste et prompte à classer la francophonie comme un souvenir honteux de la puissance passée de la France.

Hier la francophilie, aujourd'hui la francophonie, demain la francophère ! Voila en substance la synthèse qu'il faudrait retenir de cet ouvrage pour mieux nous préparer aux enjeux du futur.

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samedi 18 mars 2006

Vient de paraître : Le memento du républicain

André Bellon - Inès Fauconnier Jérémy Mercier - Henri Pena-Ruiz
MÉMENTO DU RÉPUBLICAIN,
Editions Mille et une Nuits
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Tous les hommes politiques se disent républicains. Mais, dans le même temps, ils vident la République de tout contenu politique au nom d’une prétendue modernité. Par ailleurs, on caricature le modèle républicain, le rendant responsable de tous les maux passés et présents. Les principes républicains sont-ils responsables des injustices sociales d’aujourd’hui ou des crimes d’hier tels que la colonisation? Non, c’est bien plutôt la trahison systématique de ces principes qui explique ces drames. La mondialisation remet-elle en cause la citoyenneté, la souveraineté populaire? Non c’est, à l’inverse, un projet politique de disparition de toute souveraineté populaire qui tire prétexte de la mondialisation pour se légitimer. Réaffirmer les principes républicains est un instrument de lutte contre la mondialisation qui restreint les libertés, contre les inégalités qui s’accroissent. Ce mémento, qui revient sur l’histoire et la définition contemporaine des grands principes, s’adresse à tous, en particulier à ceux pour qui l’idéal républicain est toujours un combat.

A lire d'urgence.

André Bellon, polytechnicien, ancien député, est un compagnon de route de l'U2R depuis sa fondation. Henri Pena-Ruiz, philosophe, est l'auteur d'ouvrages remarqués sur la laïcité

dimanche 05 mars 2006

Sarkozy, l'avenir d'une illusion

Sarkozy, l'avenir d'une illusion, EDITIONS DE L'AUBE, Collection Monde en cours, 192 pages - 17, 50 euros, en librairie le 2 mars 2006
Auteurs : Pierre Defrance et Jean-Luc Gonneau

"Loin de s'occuper de la vie privée de l'intéressé, si ce n'est de ce qu'il en expose lui-même, ce livre est une analyse du discours et de l'action politique de Nicolas Sarkozy,Image002 futur candidat à la Présidentielle de 2007. Un an avant cette élection et à l'heure du bilan de son action au gouvernement depuis 2002, quand la France a connu de graves violences urbaines, les auteurs souhaitent par leur analyse offrir au lecteur les clés d'une compréhension de son projet de société afin que chacun se détermine en connaissance de cause. Et qu'au-delà du volontarisme politique, on comprenne bien le fondement de son action politique : communautarisme, libéralisme, sécuritarisme. Sarkozy, l'avenir d'une illusion est un livre efficace, ordonné, une formidable charge remarquablement étayée. Il est le fruit d'une démarche citoyenne et engagée." Ouvrage qui s'annonce ainsi prometteur, dont nous recommandons la lecture et dont nous ferons un compte-rendu prochainement sur le blog.

Pierre Defrance est le pseudonyme d'un dirigeant influent du secteur social et de défense des droits de l'homme, spécialiste des questions d'immigration, d'asile et de développement.

Jean-Luc Gonneau, élu parisien, est consultant et enseigne la stratégie et la gestion dans les universités de Paris X-Nanterre et de Cergy-Pontoise.

jeudi 16 février 2006

« Le capitalisme total », de Jean Peyrelevade

OPA sur Arcelor, annonce de profits records par les grandes entreprises françaises, plan de 22.000 suppressions d'emploi chez France Telecom : l'ouvrage de Peyrelevade arrive à point nommé, pour comprendre un capitalisme devenu peut-être fou. Ou sinon fou, du moins "total", pour reprendre l'expression de l'auteur. Sa réflexion, publiée au Seuil (collection "la République des idées") est en effet intéressante à plus d’un titre, et nous en recommandons la lecture à tous ceux que les dérives du monde économique contemporain inquiètent. Livre intéressant, d’abord parce qu’il est écrit par un grand patron, qui fut dix ans Pdg du Crédit Lyonnais. Lire la critique détaillée de la financiarisaton du capitalisme a plus de poids quand elle est formulée par la plume d’un grand banquier que lorsque celle-ci émane du discours stéréotypé de l’extrême-gauche. Livre important ensuite pas sa clarté pédagogique, qui le rend accessible à tous, y compris aux béotiens en matière économique.
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L’auteur décrit bien en effet le glissement qu’a connu le monde de la finance ces vingt dernières années, glissement de la finance intermédiée (par les banques), à la finance désintermédiée (ou directe) : là où, auparavant, l’épargnant plaçait ses économies auprès d’une banque qui, ensuite, sélectionnait les entreprises qu’elle finançait, transformant ainsi les dépôts de l’épargnant en prêts aux entreprises, aujourd’hui, un large mouvement de désintermédiation met face à face directement l’épargnant et l’entreprise, les banques ne jouant plus (ou presque) leur rôle d’intermédiation. Il n’y a plus de mutualisation du risque par le système bancaire ou, si l’on veut, les banques ne servent plus d’amortisseur de ces risques. Dès lors, les variations des cours boursiers sont subies de plein fouet par les épargnants. Voilà qui explique pourquoi ces derniers deviennent soucieux de la rentabilité des titres, jusqu’à imposer aux dirigeants de l’entreprise de gérer au seul profit des actionnaires. C’est la fin du capitalisme rhénan, caractérisé par le pouvoir des banques qui géraient à long terme les fonds des épargnants, jouant le rôle de partenaires stables des entreprises, sans le souci obsessionnel de la rentabilité à court terme des capitaux investis. C’est la fin du capitaine d’industrie, élaborant un projet à long terme pour son entreprise, et adoptant une vision globale de l’entreprise, incluant les salariés, au-delà du seul intérêt des actionnaires. Aujourd’hui, force est de constater que l’économie mondiale a changé de paradigme : le modèle du capitalisme anglo-saxon a eu raison du capitalisme « rhénan », et l’actionnaire exerce sa tyrannie sur l’entreprise en exigeant une rentabilité à court terme toujours plus élevée.

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mercredi 25 janvier 2006

Comprendre le Proche-Orient pour comprendre notre République

Frédéric ENCEL, Eric KESLASSY (sous la direction de), « Comprendre le Proche-Orient, une nécessité pour la République », éditions Bréal, Paris, 2005, 21 euros, 347 pages.

« Marcher à l'encontre d'une opinion commune parce qu'on la croit fausse est assurément une chose belle et vertueuse » (Alexis de Tocqueville). C'est sous cette enseigne ambitieuse que les auteurs de cet ouvrage de référence souhaitent d'emblée placer leur travail.

Les questions relatives au conflit israélo-palestinien, qu’il s’agisse de l’antisémitisme, du terrorisme, de la représentation de la Shoah, du phénomène de colonisation, des relations entre Israël et ses voisins, de l’obscurantisme religieux et du fanatisme politique, s'invitent depuis plusieurs décennies dans le débat national. A tel point qu’il est devenu rare d’appréhender cette question si fondamentale - tant pour la paix et la stabilité dans la région, que pour la cohésion nationale -, de manière objective, cohérente et dépassionnée.

C’est à ce travail passionnant et unique en son genre, que les deux coordinateurs de cet ouvrage, les universitaires Frédéric Encel, Docteur en Géopolitique, qui enseigne les relations internationales à l'IEP de Rennes et à l'ENA et Eric Keslassy, sociologue de formation qui enseigne à l’Université de sciences économiques de Paris-Dauphine se sont livrés, avec brio et perspicacité en sollicitant un panel représentatif d’historiens, philosophes, sociologues, enseignants, responsables politiques et associatifs de renom, pour les interroger sur leur perception et leur évocation personnelle du Proche-Orient et de sa complexité, comme aimait déjà à le rappeler le Général de Gaulle en 1943...

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vendredi 18 novembre 2005

Note de lecture : Enseigner la nation

Outre-Terre, Revue Française de Géopolitique, n°12 « Enseigner la nation – Géopolitique des manuels », éditions ERES, juin 2005, 424 pages, 23 euros.

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Les réactions suscitées il y a peu en Chine par la sortie d’un nouveau manuel scolaire japonais et la façon dont y était présenté un passé douloureux, a mis en exergue l’importance de la représentation scolaire des histoires nationales. Plus encore, au delà d’une simple étude de l’histoire de leur pays telle qu’elle est racontée aux enfants, futurs citoyens, c’est la question d’une véritable « géopolitique des manuels » qui apparaît nécessaire.

Le nouveau numéro d’Outre-terre, la Revue française de géopolitique vient à point nommé. S’inscrivant dans le sillage des travaux de Marc Ferro, plus de 400 pages viennent éclairer le lecteur sur la façon dont on enseigne la nation aux jeunes écoliers. Les articles portant sur une trentaine de pays sont regroupés au sein de cinq grands volets.

Les « nations imparfaites », d’abord, où l’on constate les difficultés à offrir une représentation de la nation aux futurs citoyens italiens, espagnols, argentins, mais aussi philippins ou indonésiens, et ce pour des raisons, on s’en doute, différentes.

« L’invention décolonisatrice » ensuite, avec de passionnantes études sur les Etats nés de la décolonisation et qui tentent de renouer avec leur passé pré colonial que cela participe de l’affirmation de l’Etat (Algérie) ou d’une politique de « réconciliation nationale » (Australie). On notera le court mais très intéressant article sur l’Ethiopie où « le passé a été réécrit pour la troisième fois dans une période relativement brève ».

C’est également un véritable « séisme pédagogique » qu’ont connu la Serbie, la Roumanie, la Russie, bien sûr, et les Ukrainiens qui affirment leur identité nationale dans de nouveaux manuels où apparaît un véritable besoin de « retour aux origines » comme le souligne l’auteur de l’article sur le Kazakhstan.

Quatrième volet : « Les plus-que-nations et leurs citoyens » où l’on trouve les exemples bien connus des Etats-Unis, d’Israël ou de Cuba mais aussi l’Inde et les deux cas passionnants de l’Arabie Saoudite et l’Iran, où l’image de la Perse berceau de l’humanité des manuels de l’époque du Shah a cédé la place, à l’enseignement d’un pays, terreau du « véritable Islam ». Cinquième volet, enfin, « Enseignement pacifié » qui forme un ensemble moins homogène que les précédents On notera cependant les articles sur la Bosnie Herzegovine, Chypre et le Japon. Le cas français est étudié là. C’est dommage. Comme si les auteurs s’étaient prudemment gardés de le ranger ailleurs…

Diane Le Béguec